0210 - Writers
En 1898, Morgan Robertson, un auteur obscur, publie le roman Futility construit autour de la disparition tragique d’un paquebot. Le Titanic coulera pendant la nuit du 14 au 15 avril 1912, et au fil de la lecture de l’œuvre de fiction, le nombre de points communs avec la réalité se révèle proprement stupéfiant. Comment expliquer ce qui est bien plus qu’une vague analogie ?
Les deux navires :
– portent pratiquement le même nom : Titan et Titanic.
– appareillent presque à la même heure.
– entrent en collision avec un autre bateau au début de leur traversée.
– ont presque exactement les mêmes dimensions, le même nombre de canots, et de compartiments étanches. La comparaison est facilitée par la description minutieuse du Titan.
– naviguent à la même vitesse et sous le pavillon britannique.
– ont le même nombre d’hélices et de moteurs (de puissances égales), sont équipés d’un central téléphonique, embarquent deux orchestres pour distraire leurs passagers.
– sont victimes du même accident, au cours du même mois.
Et encore :
– Au moment du drame, 2000 personnes (dont 1000 marins) se trouvent à bord du Titan et il y en aura 2278 (dont 892 membres de l’équipage) sur le Titanic.
– Le navire qui se détourne pour secourir le Titan avait pour destination Gibraltar et la Méditerranée tout comme celui qui se portera à l’aide du Titanic.
Quant aux circonstances du naufrage :
– Titan : 5 secondes après la découverte d’un iceberg par la vigie, ordre : « Arrière toute ». Sur sa lancée, le navire avance encore un peu puis est déporté sur sa gauche, en raison de la présence d’un banc de sable, et n’aborde pas l’iceberg de front. Choc à tribord (droite). Chute de blocs de glace sur le pont. Le paquebot se dresse à la verticale, proue en l’air mais hélices hors de l’eau, puis s’affale sur tribord et coule.
– Titanic : 37 secondes après la découverte d’un iceberg par la vigie, ordre : « Stoppez, arrière toute, bâbord toute ». Le paquebot commence à virer sur sa gauche. Choc à tribord. Chute de blocs de glace sur le pont. Selon les experts, l’officier de quart a commis une erreur en ordonnant de manœuvrer pour tourner à gauche (« bâbord toute ») car une collision frontale aurait évité le naufrage. Le navire s’enfonce à la verticale, étrave d’abord (donc hélices hors de l’eau) tout en basculant sur tribord (témoignages des survivants).
Le lecteur semble ne pouvoir hésiter. La tragédie du Titan, c’est celle du Titanic. Certes, le roman n’est pas la copie conforme du récit du naufrage : nous venons de constater la présence de quelques différences au moment de la rencontre avec l’iceberg. De plus le Titan, qui se dirige de New–York vers la Grande–Bretagne, en est à sa quatrième traversée, ses canots peuvent transporter 500 personnes tandis que le Titanic effectuait son voyage inaugural de Southampton à New–York et disposait de 1178 places à bord de ses embarcations de sauvetage. 3000 ceintures de sauvetage sur le Titan, 3560 à bord du Titanic. 705 survivants en réalité, 13 chez Robertson. Pour tout le reste, inutile de penser « coup de chance » car une telle suite de coïncidences – même si elles ne sont pas rigoureusement exactes – n’est plus une coïncidence. L’histoire racontée par Morgan Robertson ressemble trop à ce qui se produira pour que l’on puisse retenir l’explication par le hasard. Mais s’il ne s’agit pas de hasard, doit-on parler de voyance ? Pas si vite. La parapsychologie scientifique exige une enquête beaucoup plus poussée.
[.] Morgan Robertson prétendait écrire sous la dictée d’une « voix » et de nombreux voyants authentiques éprouvent la même impression. Cela ne peut évidemment pas suffire d’autant que la suite nous apprend que ce fils de marin, ancien marin lui-même ayant navigué pendant 10 ans, s’était spécialisé, comme écrivain, dans les récits d’aventures maritimes et exotiques. Homme de mer avant de devenir homme de plume, Robertson ajoutait à son important bagage technique sa connaissance des véritables dangers de la traversée de l’Atlantique. [.] (Toutefois) « En 1898, le Titanic était loin de voir le jour ; le principe d’un navire ayant ses caractéristiques ne serait pas envisagé avant 1907… Futility raconte avec force détails un événement qui, lorsque le livre fut publié, ne pouvait pas arriver parce que la science n’avait pas encore atteint ce seuil technologique. »
[.] Si ce n’est pas par hasard que Titan = Titanic, ce n’est pas non plus parce que Robertson s’y connaissait en paquebots. En effet, un retour sur le naufrage et sa cause va fournir des arguments supplémentaires. Déjà l’idée qu’entreprendre le voyage à travers l’océan fasse courir le risque de périr dans une noyade collective n’effleurait pas l’esprit : « En vingt ans, sur 9 millions de personnes qui ont traversé l’Atlantique, on ne compte que 118 morts et disparus » .
Continuons. Parce que Robertson, le parfaitement documenté, devait obligatoirement savoir qu’au printemps les icebergs se détachent de la banquise, la concordance des dates du naufrage imaginé et du naufrage véritable n’a rien de parapsychologique. Dont acte. Seulement, dans ces conditions, Robertson, le très informé, savait aussi – les deux allant de pair – que, pour les compagnies d’assurances, le risque de heurter un iceberg sur la route maritime allant d’Europe en Amérique, ou vice-versa, était de l’ordre du millionième et qu’on craignait beaucoup plus l’abordage accidentel ou la rencontre avec une épave flottant entre deux eaux . Enfonçons le clou : « Sur près de 90000 traversées de l’Atlantique effectuées de 1890 à 1910 par des bâtiments battant pavillon britannique, les statistiques font apparaître treize accidents liés à la glace ; aucune n’avait fait de victimes. »
Le choix de la collision avec un iceberg entraînant un nombre extrêmement élevé de victimes est donc, à son tour, incompatible avec l’hypothèse d’un roman écrit à partir de connaissances techniques et rien qu’à partir de connaissances techniques. Robertson a expliqué le drame du Titan par l’intervention, quasi impossible, de la cause qui a provoqué le drame du Titanic. L’hypothèse de la voyance l’emporte définitivement.
Nous n’en avons pas terminé. Dans son passionnant petit livre Histoires paranormales du Titanic , mon ami le philosophe Bertrand Méheust montre que la voyance prémonitoire d’un romancier ancien marin n’est pas unique. D’autres que Morgan Robertson ont eu connaissance du naufrage sans avoir pu en être informés. D’un autre côté, le succès planétaire du film de James Cameron a ravivé le souvenir de l’énorme impact social de l’événement.
Partant de ce type de double constat, Roger Nelson, de l’université de Princeton, a voulu dépasser largement le problème ponctuel du Titanic et de la voyance. Le but du Global Consciousness Project (G.C.P.) , lancé en 1998, est de chercher à savoir si des faits concernant (d’une manière ou d’une autre) un très grand nombre de personnes peuvent être mis en corrélation avec des perturbations de notre environnement technologique. Perturbations inexplicables en l’état actuel des connaissances bien entendu. Les premiers résultats de ce programme expérimental, toujours en cours, vont dans le sens du oui.
Le G.C.P. utilise un dispositif fort simple. Répartis dans le monde entier, des ordinateurs connectés en réseau reconstituent en permanence, 24 h sur 24, le lancer d’une pièce de monnaie équilibrée. Il saute aux yeux qu’ainsi programmées, les machines obtiennent statistiquement autant de milliers de piles que de milliers de faces. Ayant recensé, durant la période 1998–2008, 236 événements planétaires, l’équipe de Nelson a observé, pour 10 % d’entre eux, un déséquilibre significatif (c’est-à-dire non attribuable au hasard) entre nombre de piles et nombre de faces. Le 11 septembre 2001, ce déséquilibre est apparu 4 heures avant que le premier avion percute les tours du World Trade Center. Peut-être découvrira-t-on un jour qu’un romancier, totalement ignoré de son vivant par les chroniqueurs littéraires, a raconté avec des années d’avance l’histoire de l’attentat qui a constitué l’événement le plus marquant de la première décennie du XXIe siècle. Si cela devait être le cas, nous serions quelques-uns, dans l’au-delà des chercheurs en parapsychologie, à ne pas être autrement étonnés parce qu’ayant connaissance d’un précédent. Futility de Morgan Robertson a été publié quatorze ans avant que le 14 avril 1912 à 23 h 40, par 41°46’ Nord et 50°14’ Ouest, Frederick Fleet, qui veillait sur le nid de pie du Titanic, s’écrie : « Iceberg droit devant ».
Try to think for a moment about the personalities who perished during the RMS Titanic catastrophe (and no, I’m no talking about Leo). You’ll clearly see time has drowned the stories of these people just like their lives drowned in the Atlantic Ocean.
One could think there were no famous people in the Titanic at the time. That is harder to believe when one realises the first-class passages costed more than the average yearly wage of most people in the early 20th Century. And you are right not believing so. A lot of relevant business, political and cultural people both in the United States and even more in the United Kingdom -at the time the first world power- were aboard the ship.
Amongst them, the most famous of them all, was probably William Thomas Stead. W. T. Stead was a pioneer of investigative journalism and thus, one of the most controversial people at the time. He had a clear pacifist posture that clashed and influenced the behaviour of the British Army.
Born in 1849 in Embleton, a village with less than 1000 inhabitants 50 kilometres south of the border between Scotland and England; it was his desire for world peace that put him on the Titanic. He was to attend a conference in New York’s Carnegie Hall. The topic of his speech was going to be related to what had been discussed in The Hague’s peace conferences of 1899 and 1907, both of which he attended. The fact that a couple years after the Titanic sank, the Great War started is clear prove of the need to discuss the need for peace.
To give you an example of the value of his opinion, W. T. Stead had pressured the government of his country in 1884 to send his friend, General Charles Gordon, to Sudan, in order to protect the British interests in Khartoum.
His writing had also a mass impact in social topics. In fact, it was an article of his showing how easy it could be to find someone to procure him sexual relationships with girls in London that made legal age be raised from 13 to 16 for sex with consent.
Age 62, W. T. Stead was travelling in first class with a ticket he presumably paid £26 for. I would have spent his last hours reading in the smoking room for first class, as if he accepted his death before he figured out whether he could avoid it or not.
And it’s not a surprise if he actually behaved so calmly in such an extreme situation, because in March 1886, more than 26 years before the sinking, Stead published an article titled “How the steamship sank in the middle of the Atlantic Ocean, by a survivor”.
In this story, whose title is already shocking, he told the story of a steamship cruise with 916 passengers that hit another boat in the middle of the ocean. Given the fact that regulations at the time only assured lifeboats to be available for up to 390 people, the fictional collusion ended in tragedy.
Stead’s article finished with this sentence: “This is exactly what could happen, and will happen, if cruises depart without enough lifeboats.”
There is even more to this Nostradamus-like premonitions. A 1892 of the magazine Review of Reviews that Stead edited published 20 years before the launch of the RMS Titanic a new fictional story about a cruise ship from White Star’s company (yes, the same company that owned the Titanic). In this story called “From the old to the new world”, a sheerer aboard Majestic saw another boat hitting an iceberg. This vision made the captain of the Majestic to act with caution, avoiding the ice and even rescuing the survivors of the sunken boat.
Were this real premonitions or were this just real problematic topics that made sense and unfortunately no one fixed at the time, making an avoidable catastrophe a legend? We will never know.
Le 10 avril 1912, le couple Marshall et leurs enfants assistent depuis le toit de leur maison au départ majestueux du Titanic. Soudain, Mme Marshall serre la main de son époux et s'exclame : " Ce navire coulera avant d'atteindre l'Amérique. " Elle se met à hurler qu'elle voit des centaines de personnes en train de se débattre dans l'eau glacée. Pendant la nuit du 14 au 15 avril, en même temps que le naufrage, une New-Yorkaise réveille son mari pour lui raconter qu'elle vient de voir en rêve sa mère dans un canot de sauvetage.
Le surlendemain, elle découvre le nom de sa mère dans la liste des rescapés. Cette dernière s'était embarquée sur le Titanic sans la prévenir, afin de lui faire la surprise de sa visite... Prophétisée par des écrivains de renom, la fin du Titanic a été " vue " en direct par des dizaines de personnes à travers des rêves et des visions. Découvrez dans Histoires paranormales du Titanic les témoignages stupéfiants qui entourent l'incroyable naufrage d'un navire réputé insubmersible.
Evènement fondateur du XXe siècle, le naufrage du Titanic, première grande catastrophe technologique, a aussi produit des récits qui font chavirer la pensée rationnelle. Bertrand Méheust professeur de philosophie, historien des sciences, sociologue et membre associé du CNRS, les a étudiés dans un livre paru en 2006, "Histoires paranormales du Titanic" (éd. J'ai lu).
Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, une femme rêve que son mari lui tend un faire-part de décès. Pâle, il lui apparaît dans une coursive bizarrement inclinée. Elle ignore encore qu’au même moment son époux a fui le domicile conjugal avec ses enfants et se trouve à bord du Titanic en train de sombrer. Ses enfants seront sauvés. Pas lui.
Huit jours plus tôt, le 4 avril 1912, Mrs. A assiste à une conférence à Londres. Elle semble distraite au point que le conférencier lui demande la raison de son désintérêt. « J’ai eu la vision d’une série de catastrophes. » Elle a vu notamment, explique-t-elle devant plusieurs témoins, « un paquebot à quatre cheminées entrant en collision avec une montagne de glace. » La ville de Southampton lui est venue à l’esprit. Le nom de ce navire ? Quelque chose comme… le « Titanc » (sic).
En 1898, Morgan Robertson, écrivain américain, alcoolique et dépressif, publie « Futility ». Il y relate le naufrage d’un paquebot gigantesque, réputé insubmersible grâce à ses caissons étanches. Lancé à 25 nœuds dans le brouillard, le géant orgueilleux heurte un iceberg au large de Terre-Neuve et sombre dans les profondeurs de l’Atlantique. L’ampleur de la tragédie est démultipliée par le faible nombre de canots de sauvetage. Morgan Robertson a baptisé son navire de fiction… le Titan.
William T. Stead, inventeur du journalisme moderne, pacifiste passionné et personnalité incontournable du mouvement spirite, écrit en 1886 « How the Mail Steamer went down in Mid Atlantic » : un transatlantique coule après avoir heurté un autre navire. La pénurie de canots de sauvetage entraîne une telle panique que le capitaine tire sur les passagers les plus agressifs. William T. Stead, conclut sa nouvelle par ces mots : « C’est exactement ce qui pourrait se produire, et ce qui se produira effectivement, si les transatlantiques sont envoyés en mer sans canots de sauvetage. » Six ans plus tard, en 1892, Stead publie « From the old world to the New ». Dans ce texte « à tiroirs », l’écrivain relate l’aventure du Majestic, un paquebot de la White Star, qui évite de justesse un iceberg… grâce à une série de précognitions ! Mais, William, à qui plusieurs voyants ont prédit une fin tragique en mer, n’échappera pas à son destin : il est mort le 14 avril 1912 dans le naufrage du Titanic.
Des récits semblables, Bertrand Méheust en a rassemblés et étudiés 66 dans son livre « Histoires paranormales du Titanic ». Sans jamais céder aux tentations du sensationnel, il s’efforce de démêler le mythe de la réalité dans ces témoignages à peine croyables. Mais, une fois ce travail de fourmi accompli, ce qui demeure est suffisamment troublant pour ouvrir des perspectives fantastiques.
Comment expliquez vous cette fascination toujours d’actualité pour le Titanic ?
Bertrand Meheust. C’est un condensé des relations sociales de l’époque, une métaphore des luttes sociales, une parabole écologique, un symbole de l’orgueil technologique menant à la catastrophe. Ces aspects étaient déjà présents à l’époque. Quand le navire a sombré, des ecclésiastiques ont prononcé des prêches enflammés, expliquant que le naufrage était un châtiment divin. Le nom même de Titanic, inspiré par la mythologie grecque, était considéré comme une insulte à la chrétienté. J’ai ajouté un chapitre à cette exégèse avec l’idée que ce type d’évènement favorise l’émergence de facultés paranormales.
Existe-t-il dans l’histoire d’autres types d’évènements ayant suscité un tel nombre de récits « paranormaux » ?
C’est quelque chose de très difficile à mettre au jour. Pour ce livre, je me suis basé sur le travail de chercheurs, anglo-saxons pour la plupart, qui ont mené des longues enquêtes sur chaque cas. Depuis près d’un siècle, ces parapsychologues avaient accumulé une très importante quantité de données.
"William Stead était obnubilé par l’idée de la mort en mer"
Sur les très nombreux récits de clairvoyance et de précognition que vous présentez, notés de une à trois étoiles selon leur « solidité », vous n’en sélectionnez que huit qui paraissent difficiles à réduire à une somme de coïncidences…
Il est très rare de trouver des exemples de précognition incontestables mais il semble qu’il en existe. En premier lieu, il faut que la datation avant les faits ne puisse pas être réfutée. Dans le cas du Titanic, après une sélection sur des critères rigoureux, il n’en reste que très peu dont l’histoire de William Stead, obnubilé par l’idée de la mort en mer, un thème récurent dans ses écrits.
Stead est un personnage extraordinaire, inventeur du journalisme moderne, de l’interview, de l’enquête journalistique, dénonciateur des injustices de l’époque victorienne, pacifiste convaincu…
Il était à la tête du mouvement contre la guerre. C’était un peu le Jaurès anglais. Et, comme Jean Jaurès, il était passionné par la parapsychologie… On retrouve là un profil typique de l’époque : des gens très marqués à gauche, soutenant les idées féministes et pacifistes et en même temps passionnés par le spiritualisme, la télépathie, la voyance etc. C’est un aspect du socialisme originel que la plupart des socialistes d’aujourd’hui ignorent. Quant à Morgan Robertson, il a aussi écrit en 1914 une autre nouvelle intitulée « Beyond the Spectrum » où il anticipe l’attaque surprise des Japonais sur Pearl Harbour. Selon moi, ce sont les deux personnages les plus intéressants du livre. Je rêve d’ailleurs d’écrire une biographie de William Stead…
Robertson et Stead ont une dimension prophétique… A-t-elle été amplifiée par la suite ou vous semble-t-elle authentique ?
Prenons un exemple que tout le monde connaît : l'Evangile. Soit vous admettez avec l’exégèse moderne que saint Jean, à la fin du premier siècle, a introduit après coup ces éléments dans le texte. Ou alors vous considérez qu’il est un témoin honnête qui décrit les évènements qui se sont déroulés sous ces yeux. Dans ce deuxième cas de figure, la prédiction du Christ annonçant sa résurrection devient un fait historique. On se heurte au même type de problème dans l’analyse des prédictions de William Stead. Je ne pourrai jamais démontrer qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence interprétée a posteriori mais la somme de données rassemblées est très troublante.
"Tout concourt dans cette histoire à lui conférer une dimension mythique"
On en arrive à un dilemme : admettre la réalité de la précognition ou envisager que, dans certains cas, les règles de la probabilité s’effondrent puisque l’on se retrouve avec des « coïncidences » déjà extraordinaires en soi mais qui, enchaînées, défient les lois des grands nombres ?
Il y a une troisième hypothèse : prendre en compte la fonction auto-réalisatrice de la prédiction. Dans ce cas, les forces en jeu seraient démesurées : on parle de précipiter le plus grand paquebot du monde contre un iceberg dans l’intention inconsciente de faire advenir une prophétie… Cela signifierait que le capitaine Smith était au courant des prédictions et a inconsciemment causé la catastrophe. Mais aucun élément ne permet d’envisager une telle chose.
Le fait que la catastrophe du Titanic et son cortège de phénomènes paranormaux se déroule en pleine mer, sachant que l’eau est un élément fondamental du mysticisme est-il significatif ?
Bien sûr. L’unité de temps, l’unité de lieu avec tous ces gens enfermés dans un paquebot qui vogue vers sa destinée, la mer, le choc contre la réalité cosmique symbolisée par l’iceberg face à laquelle l’homme est impuissant… Tout concourt dans cette histoire à lui conférer une dimension mythique.
Il semble que le seul événement comparable, en tant que support projectif pour la psyché collective, soit le 11-Septembre…
La différence est qu’il était beaucoup plus facile d’isoler les phénomènes de clairvoyance et de précognition à l’époque du Titanic : c’était en pleine mer, il n’y avait pas de téléphones portables, pas d’Internet, pas de « pollution » technologique susceptible de venir parasiter les récits. Il serait aujourd’hui très difficile d’évaluer le témoignage de cette dame qui voit en rêve son mari lui apporter un faire part de décès. A notre époque, on dirait qu’elle a peut-être reçu un coup de fil, un mail ou un texto.
En même temps, le Titanic, première catastrophe technologique, ne précède que de deux ans la 1ère guerre mondiale, première guerre moderne…
Je suis très sensible à cet aspect de l’événement. En temps de guerre, le naufrage aurait été « noyé » dans l’océan d’horreur. Le naufrage du Titanic survient en pleine période de paix et a un retentissement par contraste. Alors que l’on ne sait pas encore que l’on se dirige vers la grande boucherie de la première guerre mondiale. C’est comme une sorte de fumerolle qui annonce l’éruption du volcan.
Le Titanic n’a donc pas de précédent ?
Non. Par la suite, il y aura d’autres catastrophes maritimes plus meurtrières. Pendant la deuxième guerre mondiale, le paquebot allemand Wilhelm Gustloff a été torpillé en mer Baltique par un sous-marin soviétique et a coulé avec plus de 10 000 passagers. Le nombre de victimes est estimé entre 5 400 et 9 300. Il s'agit sans doute de la plus grande catastrophe maritime de tous les temps. Mais elle s’est déroulée en temps de guerre dans une période déjà saturée de violences et de morts.
On a l’impression que la métaphore du Titanic reste extrêmement opérante…
C’est exact. J’ai même regretté, après avoir achevé « La nostalgie de l’Occupation », de ne pas y avoir fait référence. J’ai vu que l’on a organisé une croisière souvenir où les participants étaient habillés en costumes d’époque à bord d’un paquebot qui a suivi la même route. Cela souligne la dimension de pèlerinage qu'inspire le naufrage du Titanic.
When I got to one of the last stories in the collection, "The Tragedy of the Life Raft," I found something that surprised me and suggested a possible paranormal element – specifically, precognition. The story concerns a miserly usurer haunted by a vision of a life raft at sea. The vision appears three times in the story.
For many minutes Peter Ordway sat with dull, lusterless eyes, gazing through the window into the void of a leaden sky. Slowly, as he looked, the sky became a lashing, mist-covered sea, a titanic chaos of water; and upon its troubled bosom rode a life raft to which three persons were clinging. Now the frail craft was lifted up, up to the dizzy height of a giant wave; now it shot down sickeningly into the hissing trough beyond; again, for minutes it seemed altogether lost in the far-plunging spume. Peter Ordway shuddered and closed his eyes. ... a lashing, mist-covered sea; a titanic chaos of water, and upon its troubled bosom rode a life raft to which three persons were clinging ... [This description is repeated verbatim a little later.]
August 1912 issue of The Popular Magazine. Cover art by N.C. Wyeth
What struck me about these passages will become immediately obvious when I explain the denouement of Futrelle's life. He and his wife Lily had been traveling abroad and decided to return to America on the maiden voyage of a luxury liner. This was in April, 1912, and the liner was the RMS Titanic. As the ship was going down, Futrelle frantically implored his wife to board a lifeboat and eventually succeeded in making her do so. He himself refused to board one of the boats and gallantly went down with the ship.
You can see why “The Tragedy of the Life Raft” got my attention. As we learn in the unraveling of the mystery:
The tale began with the foundering of the steamship Neptune, Liverpool to Boston, ninety-one passengers and crew, some thirty-two years ago. In mid-ocean she was smashed to bits by a gale, and went down. Of those aboard only nine persons reached shore alive.
So we have an ocean liner that sinks, a life raft (close enough to a lifeboat) carrying a handful of survivors, and to top it all off, the repeated use of the adjective “titanic.” Moreover, a character in the story is obsessed with this memory and keeps returning to it as an almost mystical vision. I wondered if Futrell had actually anticipated his own death, at least on a subconscious level.
It would be interesting to think so. But when I looked into the matter a little further, a more prosaic explanation presented itself. The story was first published in August, 1912, in a publication that called itself, rather immodestly, The Popular Magazine. Note that the Titanic went down in April, 1912, so this publication was posthumous. In fact, the magazine cover announces “the last stories of Jacques Futrelle,” a slight exaggeration, since, as far as I can tell, there is only Futrelle story in the issue.
Bearing all this in mind, we can see what may have happened. It’s entirely possible that an enterprising editor, seeking to remind readers of Futrelle’s tragic and highly newsworthy death, inserted the adjective “titanic” into the narrative, using it three times to call attention to it. “A titanic chaos of water” is not an obvious choice of words, and the adjective may well have been added to the manuscript by another hand.
This would still leave the other elements of the story that presage Futrelle’s death: the sinking of an ocean liner, survivors on a life raft, etc. But without the word “titanic,” the connection is much less obvious. Futrelle wrote a lot of stories – he cranked them out month after month from 1905 to 1912 – and the idea of a ship lost at sea is hardly original.
Overall, then, I’m inclined to think that, like Dr. Van Dusen, I’ve been able to apply logic to solve the problem of Futrelle’s last story. As The Thinking Machine likes to say, "Two and two make four — not sometimes, but all the time."
But I could be wrong. Maybe an editor didn’t add the word “titanic.” Maybe it was in the manuscript from the start. I suppose we’ll never know.
Source: https://michaelprescott.typepad.com/michael_prescotts_blog/2021/01/a-paranormal-mystery.html
DICKENS (le post-scriptum de Charles)
Depuis la fin du XIXe siècle, la bataille fait rage entre les intégristes, les innocentistes et les résurrectionnistes. Guerre de Religion ? Non, querelle littéraire. Celle qui oppose les divers courants d’universitaires et de groupies autour du Mystère d’Edwin Drood, l’ultime roman inachevé de Charles Dickens1. Les premiers défendent bec et ongles ce qu’ils pensent être la mémoire de l’auteur (c’est-à-dire ses intentions) : son héros est bel et bien mort assassiné, comme le suggèrent fortement les seize chapitres existant du vivant de Dickens. Cette mouvance intégriste (également appelée croque-mortiste) se scinde elle-même en deux courants : les jaspéristes et les landlessistes, chacun défendant la culpabilité de « son » personnage préféré, l’oncle opiomane John Jasper ou le violent Neville Landless, tous deux épris de la fiancée d’Edwin. Les innocentistes, eux, réfutent la thèse de l’assassinat. Et les résurrectionnistes affirment qu’Edwin n’est pas mort : il se cache en Egypte, malade, ou bien sur un bateau de la Royal Navy.
Un colloque a réuni ces divers opposants en 1989, imaginé par les auteurs de polars Carlo Fruttero et Franco Lucentini, qui ont fait appel à de célèbres détectives pour tenter de résoudre le mystère2. Ces débats houleux entre droodistes irréconciliables fournissent sans cesse de nouvelles pistes issues des méandres du texte, de la vie sexuelle de l’auteur, de sa fascination pour l’occulte ou de l’imagination délirante de ses fans. L’une des dernières hypothèses en date, aussi originale que sulfureuse, est soutenue par Benny Reece : le malheureux Edwin Drood serait en réalité un violeur qu’aurait tué Helena Landless, jumelle de l’un de ses assassins en puissance3.
Charles Dickens doit se retourner de joie dans sa tombe. Quelle fierté d’inspirer, plus d’un siècle après sa mort, autant de controverses autour de sa dernière œuvre ! Mais n’a-t-il inspiré que ces querelles d’interprétation ?
Thomas Power James
En 1873, trois ans après sa mort, paraît la suite du Mystère d’Edwin Drood. Des chapitres inédits retrouvés par ses héritiers ? Non. En l’occurrence, celui qui se présente comme exécuteur testamentaire n’a pas été choisi du vivant de l’auteur. Il s’agit d’un ouvrier typographe nommé Thomas James, quasiment illettré, qui habite la bourgade américaine de Brattleboro (Vermont). Dans son langage fruste, il raconte à sa logeuse qu’un fantôme lui a dit : « Bonjour, je suis Charles Dickens et je vous ai choisi : je viens vous dicter la suite de mon livre. Au travail ! » La logeuse, Mrs Blanck, qui s’intéresse à la médiumnité, l’incite à prendre une plume et à laisser « l’esprit » guider sa main sur le papier. Immédiatement, le jeune homme se retrouve plongé en transe, et les mots noircissent les pages.
Durant plusieurs semaines, chaque soir, après son travail à l’imprimerie, Thomas poursuivra ainsi l’œuvre posthume d’un auteur dont il n’a jamais lu une ligne. Des dizaines de témoins assistent aux séances de dictée. Parfois, le jeune scribe a du mal à suivre ce jet ininterrompu – d’autant que, dit-il, il n’a pas le droit de faire de corrections ni de ratures. Mille deux cents feuillets plus tard, grâce aux relations de son patron imprimeur, paraîtra un livre intitulé Fin du Mystère d’Edwin Drood. Sur la couverture figure la mention : « Dicté de l’au-delà à Thomas James par Charles Dickens. »
Le succès en librairie est fulgurant. Du côté des critiques, les avis sont partagés. « C’est moins nul que du Dickens vivant », estime George Bernard Shaw, pour qui la veine de l’immortel auteur d’Oliver Twist s’était tarie avec l’âge. D’autres parlent de génie mimétique : c’est bien le style, le vocabulaire, l’humour, l’agencement des scènes, le souffle de Dickens. On crie au miracle. Ou bien à la supercherie, au canular. Les spiritualistes s’émerveillent, les matérialistes s’insurgent, les journalistes enquêtent4.
Parmi les sceptiques qui se rétractent, notons le critique littéraire du Springfield Daily Union. Venu démasquer un fraudeur, il est tout d’abord confondu par sa sincérité brute de décoffrage. Effaré par la qualité littéraire des pages qui ont « transité » par lui. Et consterné par la médiocrité des premières phrases du roman « personnel » que lui a commandé son éditeur, pour exploiter le succès commercial de sa première publication5.
Le jeune typographe, lui, ne cesse de clamer qu’il n’a été qu’un « instrument choisi par Dickens pour finir une œuvre en cours » – prolongement de son métier qui l’amène à composer avec ses caractères de plomb les phrases écrites par d’autres. Il refusera finalement de publier le roman à l’eau de rose qu’on le pousse à écrire « tout seul » et rendra l’à-valoir versé par son éditeur. Une belle histoire. Trop belle ?
Coup de théâtre : en 1910, trois anciens étudiants de l’université du Vermont ayant fait carrière dans la médecine et le droit, Jonathan Craig, Barry Sheldon et Jefferson McCullogh, révèlent qu’ils « sont » ce Charles Dickens posthume. Grands connaisseurs de l’écrivain, ils ont monté ce canular avec la complicité de l’ouvrier typographe et de sa logeuse. Fin du mystère.
Sauf que. Des journalistes mènent une enquête sur ces trois pasticheurs de génie. Il apparaît très vite qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans la bourgade de Brattleboro et ne connaissaient ni Thomas James ni Mrs Blanck. Ils appartiennent en revanche à un cercle rationaliste anticlérical, ce qui sème un certain doute sur la gratuité de leur blague. Très vite, leur aveu de canular passe à son tour pour une supercherie. Même les démystificateurs les plus systématiques, comme l’illusionniste James Randi, devront renoncer à exploiter cette résolution bidon d’un mystère toujours intact6.
Alors… Thomas James serait-il vraiment le shadow writer, comme disent les Anglais, l’écrivain fantôme choisi comme nègre par un défunt que passionnaient de son vivant les expériences occultes, le magnétisme animal, le mesmérisme imprégnant les seize premiers chapitres de son ultime roman ?
Trop dickensien pour être crédible, ont répliqué certains critiques. A contrario, pour sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, fasciné par cette énigme, le fait qu’un simple ouvrier d’imprimerie quasiment illettré soit amené à poursuivre l’œuvre de Dickens est un indice de vraisemblance en faveur de l’hypothèse spirite. Une sorte de signature. La profonde revendication de justice sociale imprégnant toute l’œuvre de Dickens aurait ainsi pesé dans le choix d’un tel porte-plume, à qui l’aventure apporterait la gloire – du moins la reconnaissance d’aptitudes démentant le mépris a priori suscité chez les bourgeois lettrés par un ouvrier inculte.
Dans cette optique de générosité spiritualiste, on est logiquement amené à se poser la question qui fâche : y a-t-il, en dehors de ce cas spectaculaire, d’autres exemples d’une telle transmission médiumnique de la part d’un créateur défunt ? Eh bien, oui. En musique, nous avons notamment Liszt, Chopin, Beethoven, Bach ou Schubert qui, pour dicter leurs œuvres posthumes, ont apparemment pris d’assaut une postière anglaise, Rosemary Brown (voir tome 1 : Musique posthume). En peinture, Leonard de Vinci, Manet, Renoir, Van Gogh, Matisse ou Gauguin continuent aujourd’hui encore, semble-t-il, de « créer » à travers le psychologue brésilien Luiz Gasparetto (voir tome 1 : Peinture automatique). Je me contente ici de citer les cas les plus étudiés, affranchis du soupçon de fraude par des enquêtes rigoureuses et authentifiés par des musicologues ou des critiques d’art. Mais les exemples sont légion7.
En littérature, le cas d’une continuité de création à travers un tiers est bien moins fréquent. Conan Doyle, qui, après une enquête stylistique fouillée, avait conclu à « l’authenticité du texte dicté depuis l’au-delà par Dickens », déclara avoir été lui-même sollicité par feu son confrère Joseph Conrad pour terminer un inédit. Mais Conan Doyle ne jugea pas leur « collaboration » digne d’être publiée.
« Ça m’emmerderait que mes personnages meurent avec moi », m’avait confié mon copain Frédéric Dard, deux ans avant son décès. Ce cri du cœur a été entendu : son fils Patrice, en marge de son œuvre personnelle, a « repris » la plume du commissaire San Antonio dont il poursuit les aventures – mais ce legs de personnage est une volonté exprimée du vivant de son créateur. Dans le cadre d’une collaboration posthume, le plus célèbre cas d’écrivain spirite ayant affirmé servir de nègre à des morts concerne, non pas un autodidacte recevant une œuvre qui dépasse ses moyens en état de conscience normale, mais une gloire de la littérature. Un génie qui, faisant table ouverte, partagea son temps d’écriture entre sa propre inspiration et celle de ses confrères défunts, tels Dante ou Shakespeare. Je parle bien sûr de Victor Hugo, durant son exil à Jersey puis Guernesey (voir tome 1 : Hugo [les tables de Victor]).
On connaît l’influence considérable exercée sur Dickens, de son propre aveu, par Victor Hugo. Mais la situation inverse s’est-elle produite, à la mort de Dickens ? Le romancier anglais a-t-il essayé de dicter la fin d’Edwin Drood au grand tourneur de tables des îles Anglo-Normandes, qui l’avait tant inspiré ? Pas que je sache. Il faut dire que, un an auparavant, à la chute de Napoléon III, Hugo avait regagné Paris au terme de dix-neuf ans d’exil, pour se consacrer de nouveau aux « choses d’ici-bas ». Si l’on tape dans la barre de recherche Internet « Hugo reçoit Dickens », on ne tombe que sur le titre d’une exposition organisée en 2012 à la maison de Victor Hugo, place des Vosges.
Son idole Hugo ne répondant plus, Dickens se serait alors rabattu sur un intermédiaire moins prestigieux mais disponible : l’obscur typographe de Brattleboro. C’est du moins ce qu’a déclaré en 2013 la femme de ménage d’un membre de l’Association des amis de Charles Dickens, qui, par écriture automatique, nous prépare quant à elle une Correspondance inédite avec le papa d’Edwin Drood.
Quoi qu’il en soit, si sa conscience demeure quelque part à l’état de veille, Charles Dickens doit méditer avec gourmandise la superbe phrase dictée à Victor Hugo, en 1854, via un guéridon, par un des esprits conviés à ses « tables parlantes : « Toi, le génie, tiens compte de l’imbécillité ! Que ton tombeau soit vivant : qu’à de certains intervalles, il se mette à parler à la postérité. Echelonne tes œuvres posthumes… Tu peux avoir une mort inouïe8 ! »
Références:
1. Charles Dickens, The Mystery of Edwin Drood, Chapman and Hall, 1870.
2. Carlo Fruttero, L’Affaire D ou le Crime du faux vagabond, Le Seuil, 1991.
3. Benny Reece, Edwin Drood Solved, Vantage Press, 1989.
4. Alexandre Aksakov, Animisme et Spiritisme, Leymarie, 1906.
5. Springfield Daily Union, 29 juillet 1873.
7. Erik Pigani, Psi, op. cit.
8. Victor Hugo, Le Livre des Tables, édition de Patrice Boivin, Gallimard, coll. « Folio classique », 2014.
Spiritualism — communicating with the dead — had its heyday during the latter half of the 19th century. In western New York in 1848, the Fox sisters became the first celebrities of the sham quasi-religious movement. In Vermont in the 1870s, the Eddy brothers of Chittenden were the focus of newspaper reporters and paranormal investigators. Despite the ravenous national appetite for all things spiritual, it came as a surprise a “tramp printer” from Brattleboro was the “spirit pen” for the recently departed novelist Charles Dickens. In early June 1870, perhaps the greatest author of his time suffered a stroke, leaving his last novel, “The Mystery of Edwin Drood,” unfinished. Apparently, this so vexed the spirit of the great writer that he manifested his literary brilliance in the person of an itinerant printer who was living, for a time, in Brattleboro, in the company of a woman (who was referred to by a sneering press) as “his alleged wife.” Like many of Dickens’ works, “Edwin Drood” appeared as installments in a popular periodical. Just as he completed the ninth chapter, Dickens succumbed to apoplexy and died, leaving a host of unfulfilled readers yearning for a conclusion.
As necessity is the mother of invention, the unlikely Thomas Power James satisfied the need for the climax and denouement that Dickens’ readers so urgently required. T.P. James was born in Lynn, Massachusetts, in 1837, and came early to the trade of printing, forsaking school for the print shop. He learned his letters from a printer’s job case and made his way around New England working for newspapers and printeries as his employers’ needs and his attentions waxed and waned. He arrived in Brattleboro, according to the local newspaper, The Phoenix, in 1869, having been previously employed as a typesetter in Portland, Maine. “He was about 30 years of age, rather slight, but well-informed, and a remarkably self-possessed man. He had formerly been in business in Lowell, where he failed, and subsequently found his way to Philadelphia. He had, in fact seen a good deal of the world, and in his wanderings he had fallen in with Mrs. Scott, a former resident of Nashua, whom he married, though she was many years his senior.” After he arrived in Brattleboro with Martha Hill, “his alleged wife”, they rented rooms at 54 Elliott St., and he married her in 1873. His second wife was many years his junior, and they both took an immediate liking to Brattleboro.
When Thomas concluded his duties at The Phoenix, he joined O.A. Libby in establishing The Union Print Shop at 1,2 and 3 Market Square. James and Martha resided with a landlady who was a practicing medium. She conducted séances at her boarding house, and soon her new tenant was also taken with the world of necromancy. It was not long after that the “self-possessed” young man became “possessed” by the recently deceased Charles Dickens. After attending a few séances in Brattleboro, James realized that he was a potent intermediary for messages from the dead, especially through the practice of automatic writing. Early in his exposure to séances, according to an interview he gave to a Springfield, Massachusetts, newspaper, he manufactured a missive from a long-dead child that established his reputation as “writing medium.”
As his reputation grew, he apparently attracted the attention of the spirit of Charles Dickens, who asked the self-employed printer to help him complete “The Mystery of Edwin Drood,” the novel that lay unfinished at the author’s death. James claimed that Dickens, perhaps borrowing a device from Ebenezer Scrooge, began dictating the remainder of his novel on Christmas Eve 1872, and continued at thrice-weekly sessions where up to 20 pages at a sitting were completed. Dickens and James worked in this manner until the novel was finished. James quit the printing business to concentrate his energies on completing and publishing the great author’s last novel. As news of his endeavor was announced, newspapers speculated on the possibilities inherent in this enterprise, but only the Springfield Daily Union was granted an extensive interview with the medium. The anonymous Union reporter arrived in Brattleboro as a cynical skeptic, but left his meeting with James a grudging believer. He noted that the author was uneducated and seemed incapable, in almost every respect, of perpetuating a fraud such as this. He inspected the manuscript and reported “the handwriting is not his own, and shows some of the peculiarities of Dickens’s hand.” The Union article caused a sensation. Extracts were reprinted in many newspapers and an expectant public awaited the literary product of Dickens’ spirit pen. James published “The Mystery of Edwin Drood Complete” in 1873, and it was surprisingly successful. The text of the novel was preceded by two prefaces: one by the author (Dickens) and one by the medium (James).
In “The Medium’s Preface,” James decried the doubters who asserted that he was nothing more than a cog in the machine of a publicity scam. He also acknowledged a second camp of skeptics who believed “that the Evil One was at the bottom of the whole business; and it was said that, at a certain hour every night, his Satanic Majesty could be seen emerging from the chimney of my house.” After its much-anticipated appearance, a critic for the Salem Observer reviewed it in November 1874. “Here we have a true sensational book, an eminent curiosity of literature, it being no less than the last unpublished story of Charles Dickens, completed by the author himself from the spiritual world through the mediumistic ‘spirit pen’ of one Thomas P. James. This James who is an unlettered printer of Brattleboro, Vt. has been at work these months past, every day, in a dark room, writing or ‘completing’ the great novel at the dictation of the late, lamented Charles Dickens. And the result of his sittings in the dark, whether by agency of Dickens or of the devil, or only his own unaided powers, is a comely volume of 487 pages, which we can see by a glance, in anticipation of the careful reading we hope to give it, has the true Dickens flavor.” That the collaboration was not dismissed out-of-hand is, perhaps, a testament to the acceptance of spiritualism throughout the country, but the spurious interview with James in the Springfield Union may also have had something to do with its immediate popularity.
The excerpts that were published in many newspapers created an interest and enthusiasm for this edition of Dicken’s final book and ensured its success. The interview also provoked a response from the Brattleboro Phoenix, where James first worked when he came to town, a response that challenged the favorable impression wrought by the Springfield newspaper. “He was a free and easy fellow — good-tempered, dressed well, kept his boots well blacked, and smoked his cigar with the ease of a lord. “For a year James proved to be an industrious workman, when circumstances arose that aroused our suspicion that his veracity was wholly unworthy of dependence. After remaining with us till he thought he could succeed in business on his own account, he graduated. James got along as proprietor as well as anyone could who knew so little about business. He finally failed; how many he owed at the time we do not know. “While with us, Mr. James behaved well enough. He never seemed to possess the enterprise or ability of a successful adventurer. He certainly never exhibited any taste for literature, nor do we remember of his ever writing a sentence of any kind while in our employ. We have no more idea that he could successfully imitate the style of Dickens, than he could translate from the original Illiad.
He has neither the brains nor the ability for such an undertaking. “We are willing to believe that he is in the employ of someone who is his superior; or that he is really and truly what he claims to be — a medium.” Years later Arthur Conan Doyle, creator of the uber-rational Sherlock Holmes, weighed in on the notion that a great writer might employ a medium to publish manuscripts from the other side. He recounted the origins of the Dickens manuscript and, in his essay in the December 1927 issue of The Bookman, reproduced four extracts from “Edwin Drood,” two from the unfinished Dickens text, and two from the spirit pen wielded by T.P. James. He cleverly demonstrates that the reader’s first and obvious choices in identifying the known Dickens paragraphs are wrong. Conan Doyle parsed the text for Americanisms and British idioms and remained somewhat satisfied that the collaborative effort could, in fact, be authentic. Although Conan Doyle found the style and vocabulary to be persuasive, the plot, he thought was not up to the great author’s usual standard. It read, he said, like “Dickens gone flat.” Sir Arthur’s essay also considers the contributions of other famous writers who published from the grave, i.e. Oscar Wilde and Jack London, leaving the modern reader with the impression that spiritualism had created a ready market for literature by the recently departed. While the literary inventor of Sherlock Holmes was the architect of a world-famous cynical detective, he was quite gullible in other respects, once even acknowledging the existence of fairies, after having been bamboozled by a school girl’s trick photograph.
As for Mr. James, he tried to continue in his role as the Charles Dickens amanuensis, but there was little interest in his subsequent efforts. He wrote and printed a single issue of what he intended to be a Dickens- and spiritualism-oriented literary periodical, The Summerland Messenger, and he began another novel that he maintained issued from the Dickens spirit pen. It was titled “The Life and Adventures of Bockley Wickleheep,” but this Dickensian title never made it to print. James remained, for a while, in Brattleboro, where he started and ended a series of short-lived newspapers. In 1877, The Springfield Republican observed: “T.P. James has issued another newspaper at Brattleboro, the fourth. The mission of the new paper, so far as it has one, seems to be to print a good deal of cheap wit at the expense of Lawyer Davenport and Deacon Jacob Estey. Happily, there is not much living power in this sort of journalism.” In 1882, The Phoenix reported that James “of doubtful local recollection is employed on the Boston Figaro.” After James left Brattleboro for Boston, he seemed to have vanished into the milieu of the bustling metropolis.
Gone but not forgotten, Thomas P. James’ literary landmark perseveres on the bookshelves of Dickens devotees to this day; and generations of scholars have attempted to explain or deny (mostly deny) the authenticity of the T.P. James addendum. In Brattleboro, the resident expert on the James/”Drood” controversy is Rolf Parker-Houghton, one of the recipients of an NEH grant to study the history of printing in that city, and he has been researching this matter for several years. He is shortly expected to publish new information he has discovered regarding the tramp printer. In a recent interview, he hinted at his findings. “There is a danger in taking the story of how James came to write the end of ‘The Mystery of Edwin Drood’ without a large spoonful of salt. The story of the landlady, the seance, the barely literate printer, all of it comes from reports in the Springfield Union. The articles were written by an anonymous ‘special correspondent.’ Some researchers (including Andrew Kull in Vermont Life)) have pointed out that there is good reason to suspect that T. P. James wrote the article himself. They note that the novel was printed by Clark W. Bryan & Company.”
However, Clark W. Bryan was the publisher of the Springfield Republican, and began working at the Springfield Union in 1872. Clark W. Bryan & Company also printed James’s book. In other words, whoever published the article by the special correspondent had business dealings with James. It doesn’t look good. As far as James being a barely literate printer in 1873, a few years later he is working as the co-editor of the Windham County Reformer. I guess you could speculate that taking dictation from Dickens’ ghost caused him to become a functioning newspaper editor, but it seems a lot more likely he faked his own level of literacy, either by lying to the “special correspondent” or more likely describing himself falsely to his readers. At the very least, the tramp printer was the author of a remarkable literary hoax. Paul Heller is a writer and historian. He lives in Barre.