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La clinique hantée d'Arcachon - Poltergeist en 1963 à Arcachon
Les phénomènes que nous examinons sous ce titre se rapportent essentiellement à de mystérieux jets de pierres qui se sont produits en 1963 dans une clinique d'Arcachon. Ils ont été relatés dans la Revue Métapsychique de juin 1966 par le Dr Cuénot, propriétaire et directeur de cette clinique.
Voici des extraits du compte rendu du Dr Cuénot, ancien interne des hôpitaux de Nancy, médaille d'or de l'internat, lauréat de l’Académie de Médecine et fils du grand savant que fut le biologiste Lucien Cuénot, membre de l'Académie des Sciences :
« De la mi-mai jusqu'au début de septembre 1963, écrit le Dr Cuénot, la Clinique Orthopédique d'Arcachon fut harcelée par la projection de cailloux, de morceaux de moellons, de fragments de brique dont l'origine est demeurée inconnue. Ce type de phénomène assez inhabituel, on en conviendra, sans que l'on ait pu surprendre un coupable pendant une durée assez longue, a déjà été signalé dans l'imagerie traditionnelle des maisons hantées. J'y portais, pour cette raison, d'autant plus d'attention que cela se produisait, presque chez moi, dans une clinique spécialisée dans le traitement des tuberculoses osseuses, que je dirigeais à Arcachon depuis plus de vingt-trois ans, donc dans un cadre que je connaissais parfaitement.
En dehors du caractère inexpliqué de cette agression et du problème policier qu'elle posait, cette affaire m'a permis d'observer, sur le vif, les réactions psychologiques des personnes au courant, mais non concernées, des témoins directs qui reçurent les pierres, et, surtout, d'une jeune fille qui semblait particulièrement visée. J'ai pu noter cette espèce de refus systématique qui est presque l'inverse d'une suggestion collective : tout le monde se refusant à admettre une explication irrationnelle, puis, devant l'impossibilité d'une interprétation satisfaisante, s'efforçant de ne plus y penser en s'abstenant de tout commentaire.
« Pendant cette période, les malades hospitalisés à la clinique, la plupart allongés sur des voitures, reçurent approximativement deux à trois cents cailloux de tous calibres. Parfois très petits, parfois du volume d'une demi brique, ces projectiles étaient donc parfaitement inoffensifs ou parfaitement capables de tuer quelqu'un. La trajectoire des pierres, la direction du tir, la vitesse, le nombre et la nature des projections furent très variables.
L'horaire de la chute des pierres fut, lui aussi, très capricieux. Celles-ci tombaient à toute heure du jour mais particulièrement à la nuit tombante. Jamais il n'y eut de malades blessés et si deux d'entre eux furent touchés, ils ne le furent que très légèrement. « La seule condition, apparemment nécessaire et suffisante au déclenchement des. phénomènes, était la présence, dans les parages, de Jacqueline R. âgée de dix-sept ans, ce qui autorisait tous les soupçons la concernant.
Mais, malgré l'étroite surveillance de la part des autres malades, jamais rien dans ce sens ne put être mis en évidence. Au contraire, dans de multiples circonstances et devant de nombreuses personnes, elle fut lapidée copieusement tout en étant visiblement parfaitement innocente de ce qui lui arrivait. »
Le Dr Cuénot signale ensuite que la chute des pierres commença au moment où le personnel et les malades de la clinique apprirent que celle-ci allait être fermée ou vendue et que, à cette époque, une malade, Angelina M., qui était particulièrement visée par les cailloux, était probablement l'agent incon cient de ces jets de pierres; ce n'est qu'après le départ d'Angelina de la clinique, le 7 juillet 1963, que Jacqueline R. prit, en quelque sorte, le relais de cette malade, en ce qui concerne la cause probable des phénomènes. « Loin de cesser après le départ d'Angelina, écrit-il, les chutes de cailloux devinrent de plus en plus fréquentes avec une prédilection toujours marquée pour l'environnement immédiat de Jacqueline. Visiblement, c'était elle qui était désormais visée. Il lui suffisait de se trouver quelques minutes en un lieu quelconque des terrasses extérieures pour que les cailloux se mettent à tomber autour d'elle. Si elle s'absentait de la clinique, les jets de pierre cessaient. Dès qu'elle réapparaissait, ceux-ci reprenaient après une latence de 5 à 10 minutes chaque fois.
« En même temps, le poids, la force et le nombre de pierres lancées sur les malades augmentèrent rapidement pour devenir inquiétants en juillet et août : certains jours, il y en eut une trentaine. D'autres jours, tout s'arrêtait sans motif pour reprendre quelque temps plus tard, à la condition que Jacqueline R. soit présente.
Le diamètre des cailloux lancés fut, à toutes les périodes, très divers. Comme leur volume, leur nature était aussi extrêmement variée. Parfois, il s'agissait de très petits cailloux arrondis comme on en trouve mêlés aux sables des plages, d'autres fois c'étaient de véritables galets de rivière comme ceux utilisés pour le béton. 11 y eut également des fragments de brique, des éclats de moellons ou de ciment.
« Les pierres, visiblement lancées d'assez haut, atteignaient le sol, sauf de rares exceptions, à la verticale, et souvent en traversant le feuillage de trois platanes qui ombrageaient une partie du parc. Ce tir aveugle, à travers les feuilles de ces trois gros arbres sous lesquels s'abritaient souvent les malades allongés sur leur voiture, aurait pu être dangereux surtout lorsque les pierres étaient grosses.
Contrairement à ce qu'il était permis de craindre, il n'en fut rien, presque personne ne fut touché et ce ne fut pas le moins surprenant de l'affaire. Évidemment, quand le bombardement était trop intense, les malades rentraient précipitamment à l'intérieur du bâtiment pour se mettre à l'abri, mais, même en tenant compte de cette précaution bien naturelle, cette bénignité méritait d'être notée.
« Si, au début, personne ne fit attention aux petits cailloux reçus par les malades depuis plusieurs semaines, c'est en juillet et en août, en raison du nombre, du poids et de la vitesse des projectiles, que le phénomène attira l'attention de l'ensemble des malades hospitalisés, au point même de devenir presque l'unique sujet de conversation des pensionnaires entre eux.
« Cette affaire bénéficia donc, au début, d'une sorte de conspiration du silence, personne ne voulant attirer l'attention sur ce qui était considéré comme l'oeuvre d'un mauvais plaisant. La directrice n'en fut avisée par Jacqueline R. qu'au début du mois d'août, mais elle, non plus, n'attacha aucune importance à ces contes à dormir debout. Ce n'est que le 28 août que M. C. m'avertit, et, de mon côté, à seule fin de couvrir ma responsabilité civile, j'informai la police locale qui, suivant l'usage, ne fit rien sinon me prendre pour un fou. C'est dans ces conditions que j'avertis mon confrère, le Dr M. Martiny, président de l'Institut Métapsychique International, qui voulut bien m'envoyer un enquêteur, M. Robert Tocquet, particulièrement au courant de ce genre de manifestations. « Lorsque les malades furent interrogés par M. Tocquet, les uns déclarèrent n'avoir jamais observé de chutes de pierres, d'autres n'en avoir vu tomber que deux ou trois à côté d'eux sans y prêter attention. Certains refusèrent même de déposer.
D'autres enfin, les plus nombreux, une quinzaine ou une vingtaine, confirmèrent purement et simplement les faits. Certains témoins avaient reçu, autour d'eux, de 10 à 20 cailloux. L'un d'eux en avait compté 17 en cinq minutes. Quatre joueurs de bridge signalèrent avoir reçu un jour une grosse pierre qui aurait pu facilement blesser l'un d'eux sur leur table de jeux. Un allongé, un jour, en avait reçu une sur sa voiture, d'autres, dans leur cabinet de toilette; plusieurs déclarèrent être rentrés précipitamment certains jours dans leur chambre, la situation devenant intenable sur les terrasses.
« Tout en reconnaissant le rôle déterminant de Jacqueline R. dans l'apparition des chutes de cailloux, personne ne put déclarer l'avoir surprise en train de lancer quoi que ce soit ou avoir découvert chez elle une attitude tant soit peu suspecte. Sa mise en vedette la rendait d'ailleurs vulnérable. Elle fut très surveillée par tous les autres malades et, dans cette situation, aurait été bien en peine d'intervenir d'une façon active sans être immédiatement repérée. « Parmi tous ces interrogatoires, à peu de choses près identiques, on relève pourtant quelques précisions intéressantes « Un soir d'août, alors que les cailloux tombaient en abondance sur la terrasse nord, un malade, M.T. André, agent de police à Paris, leva la tête au moment précis où une grosse pierre, d'environ 200 à 300 grammes, était lancée par la fenêtre d'une chambre du deuxième étage du bâtiment, côté est, désaffecté. Il ne vit ni bras, ni tête, ni personne, mais vit seulement un caillou qui sortait de ladite fenêtre pour tomber sur le sol comme s'il était lancé du fond de la pièce par quelqu'un se cachant. L'étage, immédiatement exploré, fut trouvé vide et la porte de ladite chambre fermée à clef comme toutes lés chambres inutilisées.
« Un autre soir, vers 21 heures, trois malades se trouvaient sur la terrasse avec Jacqueline R. lorsque les jets de pierres recommencèrent, venant visiblement toujours du même bâtiment. Pour en avoir le coeur net, les quatre amis montèrent au troisième étage, ouvrirent la porte de l'étage fermé à clef de l'extérieur et ne virent personne. Redescendus sur la terrasse, les pierres continuèrent à tomber, ils remontèrent examiner cette fois le deuxième étage où toutes les portes des chambres étaient également fermées, loquets enlevés.
Pour la seconde fois, leur démarche fut infructueuse même après avoir pris la peine d'ouvrir chaque pièce avec un loquet de secours. « Un certain jour, où M. C. était allongé sur la terrasse nord, sur sa voiture, les cailloux se mirent à pleuvoir en telle quantité que, pris de colère, il se mit à crier à la cantonade
« — II y en a assez! Cet imbécile ne peut-il pas s'arrêter?» « Aussitôt les chutes de pierres cessèrent pour ne reprendre que timidement une demi-heure plus tard. : « Un autre témoin signale que, un jour où le temps était particulièrement beau, tous les malades, sans en excepter un, descendirent de leur chambre pour passer l'après-midi sur la terrasse. Ce jour-là, il ne manquait à l'appel ni un autant de pierres lancées, ce qui devait entraîner la conviction de tous qu'aucun malade ni aucun membre du personnel ne pouvait être soupçonné.
« Parmi les informations qu'apportèrent ces dépositions, nous devrons encore citer le témoignage de C. qui soulève d'autres difficultés. Un certain soir pendant lequel ce malade, rigoureusement allongé en raison d'une double coxalgie, avait été particulièrement visé, celui-ci, avant de regagner sa chambre, demanda à Jacqueline R., qui l'accompagnait, de ramasser les quelques pierres tombées autour de lui. Il les déposa en un petit tas à côté de sa chambre pour me les montrer. Le lendemain matin, le tas avait disparu et il fut impossible de savoir qui l'avait enlevé. Les femmes de chambre prétendirent qu'elles n'avaient rien vu, les malades non plus. »
C'est alors que, le 1er septembre 1963, le Dr Cuénot, constatant que Jacqueline R. était au centre et l'agent probable de ces manifestations, résolut de lui faire subir un interrogatoire psychologique et psychanalytique. Il apprit ainsi que, bien qu'âgée de dix-sept ans, elle était déjà désabusée de tout, qu'elle n'aimait pas flirter, qu'elle avait été fière lorsqu'elle avait été réglée à onze ans, qu'elle ne voulait pas d'enfants, qu'elle adorait qu'on s'occupe d'elle, qu'elle riait volontiers aux enterrements et pleurait aux mariages, etc., etc. Or, chose curieuse, après cet interrogatoire qui fut, pour Jacqueline R., une sorte de confession et de « décharge » psychologique, les jets de pierres cessèrent mais furent remplacés par d'autres phénomènes.
Ainsi, le 1er septembre 1963, à minuit, la porte de Jacqueline R., donnant sur le couloir, s'ouvrit lentement et sans bruit. C'est le heurt de la porte contre le lit de Mme T. qui réveilla tout le monde. Comme, ce soir-là, il y avait un fort vent, les malades refermèrent la porte sans plus. Le 2 septembre 1963, les malades de la chambre de Jacqueline venaient, depuis une demi-heure, d'éteindre leur lumière lorsque, vers 23 heures, il y eut un fort coup de poing frappé contre la porte de cette chambre. Quelques secondes plus tard, une infirmière, qui était chargée de veiller les malades, leur déclarait qu'elle n'avait vu personne à proximité de la porte.
Le 3 septembre 1963, c'est à 4 heures du matin que la porte, qui pourtant fermait bien, s'ouvrit de nouveau et vint heurter le lit de Mme T. qui s'éveilla. A ce moment, les autres occupants de la chambre, dont Jacqueline R., étaient dans leur lit. D'autre part, il est à signaler que la porte entrouverte n'avait aucune tendance à s'ouvrir spontanément. Le 4 septembre 1963, sur la demande des malades, un verrou est placé à l'intérieur de leur chambre. « Depuis, écrit le Dr Cuénot, il n'y eut plus d'ennui de ce côté et, à part quelques ouvertures de portes aux heures de télévision et quelques coups frappés, à 4 heures du matin, quelques jours plus tard à la porte de l'enquêteur de l'Institut Métapsychique International, tous les phénomènes cessèrent définitivement. »
Voici précisément un extrait du rapport que je fis à ce sujet et que je remis au président et à mes collègues de l'Institut Métapsychique International. « En septembre 1963, je me suis rendu à la clinique du Dr Cuénot, à Arcachon, afin de procéder à une enquête sur des jets de pierres et sur quelques autres phénomènes qui s'y produisaient depuis cinq mois environ. J'y interrogeai le personnel et tous les malades (soit une trentaine de personnes) qui ne purent me préciser la cause probable des phénomènes dont ils avaient été témoins. Présumant que leur auteur, vraisemblablement involontaire, était Jacqueline R., je m'installai dans une chambre contiguë à celle de cette jeune fille afin d'être, à l'occasion, témoin d'un phénomène. « Or, au cours de la première nuit que je passai dans ici te chambre, à 4 heures du matin exactement, quatre coups, relativement violents, séparés par des intervalles de 5 ou 6 secondes, furent frappés sur la porte de ma chambre.
Au troisième coup, je me levai et j'ouvris brusquement la porte qui donnait sur un couloir parfaitement éclairé par des lampes électriques. Personne ne s'y trouvait. C'est alors que retentit le quatrième coup comme s'il avait été produit par un poing invisible, cependant que je sentis vibrer la porte que je tenais de la main gauche. « II est à remarquer — et ce détail était inconnu du Dr Cuénot et de ses malades — que, tous les jours, je me réveille entre 3 h 30 et 4 heures du matin et que je suis alors parfaitement conscient. C'est, en effet, à partir de ce moment que je procède mentalement à l'examen des travaux que je dois effectuer dans la journée. « Deux ou trois minutes après avoir entendu le quatrième coup, je passai rapidement un vêtement et allai frapper à la porte de Mlle Jacqueline R. Elle ne me répondit qu'au bout de quelques minutes, et, quand elle ouvrit sa porte, elle semblait visiblement sortir d'un sommeil profond.
« En définitive, et c'est ce que j'ai écrit dans le compte rendu des interrogatoires, je crois qu'il est difficile d'expliquer la plupart des jets de pierres par la mise en jeu de facteurs normaux et j'estime que les quatre coups frappés à la porte de ma chambre étaient d'origine paranormale. »
Professeur Robert Tocquet dans les Mystères du Surnaturel, Ed. Les Productions de Paris - 1963.
Note : La clinique n'existe plus elle a été démolie et remplacée par des habitations. Il s'agissait d'une clinique orthopédique soignant des malades tuberculeux.
Voici un exemple de poltergeist tout à fait singulier, en ceci que le récit en émane d'un médecin, le Dr Cuénot (Revue métapsychique, juin 1966), propriétaire depuis vingt-trois ans de l'établissement où eurent lieu les faits. De plus, le Pr Robert Tocquet (1974, p. 102 sq.), éminent spécialiste du paranormal, a personnellement enquêté sur ce cas :
De la mi-mai jusqu'au début septembre 1963, la Clinique orthopédique d'Arcachon fut harcelée par la projection de cailloux, de morceaux de moellons et de fragments de briques dont l'origine est demeurée inconnue. [...] Pendant cette période, les malades, la plupart allongés sur des voitures, reçurent approximativement deux à trois cents cailloux de tous calibres. [...] Les trajectoires des pierres, la direction du tir, la vitesse, le nombre et la nature des projections furent très variables. L'horaire fut, lui aussi, très capricieux [...], mais particulièrement à la nuit tombante. Jamais il n'y eut de malades blessés et si deux d'entre eux furent touchés, ils ne le furent que très légèrement. La seule condition, apparemment nécessaire et suffisante, était la présence dans les parages de Jacqueline R., âgée de dix-sept ans, ce qui autorisait tous les soupçons la concernant [comme agent du phénomène]. Mais, malgré l'étroite surveillance de la part des autres malades, jamais rien dans ce sens ne put être mis en évidence. Au contraire [...] elle fut lapidée copieusement. [...]
Le Dr Cuénot signale que la chute des pierres commença au moment où le personnel et les malades de la clinique apprirent que celle-ci allait être fermée ou vendue. A cette époque, une malade, Angélina M., était très visée par les cailloux. Ce n'est qu'après le départ d'Angélina (le 7 juillet) que Jacqueline prit en quelque sorte le relais. [...] Les chutes de cailloux devinrent de plus en plus fréquentes avec une prédilection toujours marquée pour l'environnement de Jacqueline... Il lui suffisait de se trouver quelques minutes en un lieu quelconque des terrasses extérieures pour que les cailloux se mettent à tomber autour d'elle. Si elle s'absentait de la clinique, les jets de pierre cessaient. Dès qu'elle réapparaissait, ceux-ci reprenaient après une latence de cinq à dix minutes à chaque fois. En même temps le poids, la force et le nombre des pierres lancées sur les malades augmentèrent rapidement pour devenir inquiétants en juillet et en août : certains jours, il y en eut une trentaine. "
Robert Tocquet, envoyé sur place pour enquêter, s'installe (en septembre) dans la chambre contiguë à celle de Jacqueline. Il écrit :
" Au cours de la première nuit que je passai dans cette chambre, à 4 heures du matin exactement, quatre coups, relativement violents, séparés par des intervalles de cinq à six secondes, furent frappés à la porte de ma chambre. Au troisième coup, je me levai et j'ouvris brutalement la porte qui donnait sur un couloir parfaitement éclairé par des lampes électriques. Personne ne s'y trouvait. C'est alors que retentit le quatrième coup comme s'il avait été produit par un poing invisible, cependant que je sentais vibrer la porte que je tenais de la main gauche. "
Nous disposons ici d’un témoignage de première main, donné par un observateur reconnu. Le cas est particulièrement significatif, car il met en œuvre deux jeunes filles, se succédant l'une l'autre sans intervalle dans le même établissement (et qui plus est dans la même chambre). Or il est statistiquement exclu que le hasard ait ainsi réuni deux sujets présentant tous deux des capacités aussi fortes et aussi rares. Si on élimine l’idée d’un " esprit ", on est conduit à faire intervenir le personnel de la clinique et les autres patients. Ceux-ci auraient quasiment " dicté un rôle " aux deux jeunes filles ".
Il semble que la première malade, Angélina, aurait provoqué une chute de pierre, qui peut même avoir eu une origine normale. En effet, les personnes présentes sont dans une situation psychologique fort instable : l’établissement va fermer, les patients devront donc quitter un lieu où ils se trouvaient bien ; les membres du personnel sont inquiets pour leur emploi. Une rumeur peut s’être diffusée, attribuant un incident possiblement banal à un poltergeist. Certes, le Dr Cuénot remarque, durant son enquête : " J’ai pu noter cette espèce de refus systématique qui est presque l’inverse d’une suggestion collective : tout le monde se refusant à admettre une explication irrationnelle, puis, devant l’impossibilité d'une interprétation, s’efforçant de ne plus y penser en s'abstenant de tout commentaire. " (ibid., p. 105). Ceci n’exclut rien, car les psychanalystes savent qu’un refus conscient peut masquer l’inverse, au niveau inconscient.
Jacqueline arrive alors. Dans le climat d’inquiétude, un amalgame a pu s’effectuer entre elle et Angélina, d’autant qu’elles occupent la même chambre et qu’elles sont toutes deux jeunes, assez jolies, un peu intrigantes et instables sur un plan psychologique et affectif. Ce qui a pu produire un " effet d’attente " (Rosenthal, 1971).L’émotion du groupe, fixée sur les deux jeunes filles, pourrait constituer le moteur du poltergeist, même si leur responsabilité ne saurait être entièrement exclue. Tocquet écrit en effet (ibid.) :
" Le premier septembre, le Dr Cuénot, constatant que Jacqueline R. était au centre et l'agent probable de ces manifestations, résolut de lui faire subir un interrogatoire. [...] Or, chose curieuse, après cet interrogatoire qui fut, pour Jacqueline, une sorte de confession et de "décharge psychologique", les jets de pierres cessèrent. "
La plupart des poltergeists semblent constituer le reflet matériel d’un contenu psychique. Ce contenu prend force d’une mise en résonance des fonctionnements mentaux de plusieurs individus, comme le dit Sylvain Michelet (1994). J’en ai précisé ailleurs le mécanisme (1991, p. 52) : un message de l’ordre de " je crains les pierres " aurait pu ainsi circuler dans le groupe, et s’amplifier jusqu’à des degrés extrêmes (la chute des pierres était menaçante mais non dangereuse, pour le personnel et les malades). Si on admet la relation entre la pensée et les faits, une telle hypothèse permettrait de ne plus chercher " la jeune fille instable " comme cause du processus. Celle-ci ne ferait que cristalliser une émotion qui la dépasse. Sylvain Michelet traite les poltergeists avec les méthodes de thérapie familiale ! Il remarque que le poltergeist le plus fort survient dans un contexte où aucun mode d’expression n’est possible. Le poltergeist constituerait une sorte de voie de décharge d’un trop-plein d’énergie psychique (suivant la conception " énergétique " de Freud)